interview _

ryoichi kurokawa
realisée par maxence grugier

Ryoichi Kurokawa est un artiste de la transformation et de l’interprétation. Pour ce Japonais dont l’œuvre célèbre la rencontre de l’art et de la science, le réel est vu au travers du filtre des technologies numériques qu’il utilise pour nous délivrer images viscérales et vertigineuses émotions. Dans son travail complexe, Kurokawa transfigure la matière analogique et fragmentaire du réel tout en jouant avec la persistance rétinienne du public, sa mémoire visuelle ou les hallucinations rendues possibles par le flot contigu d’effets numériques qui entrent en collision dans une seule et même œuvre étourdissante.

 

Avec subassemblies, une pièce présentée pour cette édition 2021 de Multiplica, Ryoichi Kurokawa offre une performance audiovisuelle physiquement intense et graphiquement puissante dont la thématique environnementale touchera forcément les sensibilités contemporaines.

 

Maxence Grugier : subassemblies est une performance audiovisuelle puissante et déstabilisante qui explore les relations qu’entretient l’humanité avec la nature. Quelle est la genèse du projet ? Comment vous est venue l’idée de cette création ?

Ryoichi Kurokawa : J'utilise souvent les motifs de la nature comme sujets car l'un de mes principaux axes de création est la reproduction de phénomènes naturels, comme les lois de la physique et de la biologie. Les bâtiments abandonnés m'attirent beaucoup depuis longtemps et à différents niveaux. L’idée originale était d’employer ces structures pour contraster avec celles de la nature.

 

Dans subassemblies, le paysage est dévasté. Les structures architecturales sont envahies par la végétation sauvage. C’est une vision post-apocalyptique des fondations de ce qui fait l’humanité : son architecture, ses bâtiments. En tant qu’artiste, pensez-vous que l’humanité court à sa perte actuellement ?

Il se peut qu’on risque l’autodestruction en effet. On peut dire que c’est une sorte de conscience partagée aujourd’hui. Les humains à eux seuls changent la dynamique de la terre ; pourtant, je pense que nous avons la responsabilité de la préserver pour toutes les formes de vies autres qu’humaines.

 

Techniquement, comment avez-vous travaillé sur le graphisme et le visuel de cette  pièce ? Est-ce totalement recréé en 3D, en photographie 4D, en photogrammétrie ?

Tous les visuels et les matériaux graphiques de ce projet sont basés sur des données réelles capturées par un scanner d’imagerie laser qui forme des nuages de points. Je scanne les éléments réels, puis je transforme ces données (ces nuages de points) avec différents degrés d'ombrage qui aboutissent à des rendus variés.

 

subassemblies est une expérience très forte. Comment voulez-vous que le public se sente pendant la représentation ? Essayez-vous de manipuler l'esprit du public ? Voulez-vous faire sentir « physiquement » l’ampleur de notre déroute en tant qu’espèce ?

Je ne cherche pas à manipuler l’esprit du public, l’œuvre peut être interprétée de différentes façons. Je veux proposer une inspiration plutôt que de livrer un message spécifique ou une opinion. Je ne veux pas influencer le spectateur en verbalisant, ou alors uniquement avec un langage visuel. J’essaie de laisser le public réfléchir par lui-même grâce à l’expérience, de fournir des déclencheurs ou des prises de conscience.

 

subassemblies fait partie de plusieurs œuvres différentes avec des formats qui varient selon la présentation (concerts, performances, installations, sculptures, projections, etc.) Est-ce exceptionnel ou imaginez-vous toujours vos projets avec des formats de présentation différents ?

Non, tous mes projets ne sont pas aussi diversifiés dans leurs modes de présentation, mais je prends souvent cette direction : un projet artistique, conçu et pensé avec différents formats et différents mediums, basé sur les mêmes matériaux initiaux et sur les mêmes concepts.

 

En tant qu'artiste, que pensez-vous de la préoccupation actuelle du monde de l'art à propos des questions qui concernent nos relations avec l’environnement ?

Comme je ne suis pas vraiment familier du monde de l’art, il est difficile pour moi d’avoir une opinion sur ses questionnements actuels comme si j’étais un des leurs. Cependant, je pense personnellement qu’il nous faut reconstruire nos relations avec l’environnement. Nous mettons une grosse pression sur notre planète Terre, il est nécessaire de repenser ce système en profondeur.

 

Pour conclure, puis-je vous demander si le fait d’être un artiste né au Japon influence votre vision de la nature et votre conscience à propos de l’environnement ?

Bien sûr, j’ai une conception japonaise particulière de la nature et du comportement envers l’environnement, comme chaque personne dont l’identité est influencée en partie par sa nationalité. La nature est mystique, magnifique et effrayante à la fois. Dans notre pays, nous recevons à la fois les bienfaits et les menaces de la nature. Pour mes œuvres, je n’essaie pas de l’incorporer consciemment dans mes réalisations, mais cette vision influence forcément ma manière de voir.

Le festival Multiplica est organisé par:

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